Le débat autour du « Brexit » l’a démontré : on idéalise l’UE. On lui attribue des qualités positives qu’elle ne possède pas. Par la suite, nous allons rapporter quatre allégations du Café du commerce, à propos de l’UE, et les réponses de FactCheck:EUROPE.

Première allégation à propos de l’UE: « L’UE est le plus grand projet civilisationnel des des dernières décennies. » Ainsi l’a dit Martin Schulz, le président du Parlement européen. L’UE elle-même se revendique officiellement « des principes de la liberté, de la démocratie et du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. » Ainsi l’est-il inscrit au préambule du Traité sur l’Union européenne (aussi appelé « Traité de Maastricht »).

Réponse FCE En réalité, les institutions de l’UE sont extraordinairement antidémocratiques. Le Parlement européen n’a que des droits limités ; les institutions de l’UE telles que la Commission et le Conseil, qui exercent en partie des fonctions gouvernementales au niveau européen, ne sont pas élues par le Parlement européen. Leurs représentants ne peuvent pas être renversés par un vote. Ils ne sont soumis à aucun contrôle parlementaire. Le Parlement n’a pas d’initiative des lois autonome (note du traducteur : ce qui signifie qu’il ne peut se prononcer que sur des projets de loi présentés par la Commission et le Conseil). Mais ce n’est pas tout. Même la Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne ont moins de pouvoirs qu’un groupe informel appelé l’Eurogroupe, qui a été formé après l’introduction de l’euro. Il s’agit ici d’une réunion des ministres des Finances de ceux parmi les pays membres de l’UE qui ont introduit l’euro. L’ex-ministre des Finances de la Grèce, Yannis Varoufakis, a caractérisé cette institution de la manière suivante : « Il n’existe aucun traité qui réglemente la convocation du groupe. Ce que nous avons, c’est un groupe inexistant qui possède le plus grand pouvoir. […] Il ne doit rendre des comptes à personne, puisqu’il n’a pas d’existence juridique, qu’il n’existe pas de procédure [pour ses réunions] et qu’il agit de manière confidentielle. Alors qu’il rend des décisions ayant une importance de vie ou de mort. »

Encore plus éloignée et échappant à tout contrôle parlementaire, agit la Banque centrale européenne. Ses décisions, aussi, influent sur la vie de millions de personnes. Et en ce qui concerne le « respect des droits de l’homme » : ces droits de l’homme sont bafoués avec la politique de la « Forteresse Europe ». Ou alors ils sont noyés dans la mer Méditerranée : l’UE permet délibérément qu’année après année, des milliers d’hommes et de femmes meurent noyés dans la « mare nostrum » (note du traducteur : « notre mer » chez les anciens Romains, également le nom d’une opération de sauvetage maritime de l’UE en 2013/14), dans notre mer Méditerranée (voir pages 3 et 5).

Première allégation à propos de l’UE : L’Union européenne poursuit les objectifs d’une constante « amélioration des conditions de vie et de travail » des salariés, de l’« élévation du niveau de vie », de la « réduction des inégalités territoriales » ainsi que du « retard des territoires les moins favorisés ». Ainsi il est écrit dans le Traité sur l’Union européenne datant de 1992 (« Traité de Maastricht » ; articles 117, 113 et préambule).

Réponse FCE : En réalité, il existe depuis des décennies un écart social et régional énorme au sein de la Communauté économique européenne, devenue la Communauté européenne, devenue l’Union européenne. Cet écart n’a pu être réduit que temporairement. Mais il n’a jamais disparu. Il n’y a pas de mesures globales pour faire disparaître ce fossé. Depuis 2009, l’écart social a été approfondi par la crise des pays de la périphérie. L’Irlande, la Grèce, l’Espagne, le Portugal et Chypre se trouvent bloqués dans une impasse. L’UE renforce cette crise, en contraignant ces pays à une politique d’austérité, c’est-à-dire à réaliser des économies sur le dos des classes populaires. Cet écart a des effets positifs pour les grands groupes et les banques : dans la périphérie, ils récupèrent des branches industrielles entières. Ainsi la société Fraport (note du traducteur : l’entreprise cotée en bourse qui exploite la gestion de l’aéroport de Francfort) a pu prendre le contrôle, pour une bouchée de pain, d’une grande partie des aéroports régionaux grecs. Dans les régions plus riches, les grands groupes misent avec succès sur l’idée que l’arrivée d’une main-d’œuvre des pays économiquement faibles peut être utilisée pour maintenir les salaires bas et les bénéfices élevés.

Troisième allégation à propos de l’UE : Dans la présentation de l’UE par elle-même, on lit : « Les normes environnementales de l’UE font partie des plus strictes du monde. La politique d’environnement de l’UE contribue à une économie plus soucieuse de l’environnement, à la protection de la nature et à la sauvegarde de la santé et de la qualité de vie humaine dans l’UE. »

FCE-Réponse : Au sujet de la politique environnementale et climatique, le proverbe qui dit que « parmi les aveugles, le borgne est roi » semble souvent avoir la raison de son côté. Sans doute, les Etats-Unis par exemple sont en général <I>encore plus mal <I> positionnés en matière de politique climatique que l’UE. L’« affaire VW » – qui est devenue entretemps un scandale touchant la branche automobile en général – n’a pu être révélée parce que les autorités environnementales aux Etats-Unis, celles au niveau fédéral et celles de Californie, agissent encore de façon assez indépendante. Dans l’UE, toutes les autorités compétentes avaient homologué les modèles de voitures dont les émissions des moteurs avaient été artificiellement baissées lors des tests, grâce des logiciels manipulateurs. L’utilisation du glyphosate (note du traducteur : comme désherbant) est généralement autorisé aux Etats-Unis. Mais il l’est aussi dans l’UE. Et la valse-hésitation actuelle au niveau de l’UE a abouti à une réautorisation temporaire du glyphosate. Alors que du point de vue même de l’UE, le risque que ce produit soit cancérogène ne peut être exclu. Les associations de consommateurs indépendantes partent du principe que ce risque de cancer est réel. Au niveau du transport ferroviaire, l’UE mène depuis des décennies une politique du démantèlement des entreprises de chemin de fer unitaires (en exigeant la séparation entre le réseau et l’exploitation, et l’ « ouverture du marché des transports »). Lorsqu’en Grèce, la Troïka a pris le pouvoir de fait, l’un des premiers objectifs consistait à privatiser le chemin de fer… ce qui doit aboutir à ce qu’une grande partie des réseaux existants soit abandonnée, fermée. L’adoption par référendum populaire, en Suisse, de la décision de transposer l’ensemble du transport routier sur le rail n’aurait pu être effectuée dans aucun pays membre de l’UE, ou alors la Cour de justice européenne (CJUE) aurait annulé le résultat d’un tel vote populaire. La liberté du trafic revêt une valeur plus importante, dans l’UE, que la protection contre le bruit, celle de l’environnement et du climat.

Quatrième allégation à propos de l’UE : « L’Union européenne est le plus grand projet de paix et de liberté de tous les temps. » Ainsi l’a écrit le rédacteur en chef du journal tabloïd berlinois BZ, Peter Huth. Dans la même tonalité, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est exprimé dans le quotidien tabloïd allemand Bild : « La famille européenne […] c’est le mieux, […] pour que les hommes et les femmes vivent en pays. »

Réponse FCE : Déjà la Communauté économique européenne (et plus tard la Communauté européenne, puis l’UE) avait depuis toujours une composant militaire. Avec le Traité de Maastricht de 1992, cette composante militaire a été explicitement renforcée, et a été proclamé l’objectif d’une « Politique extérieure et de sécurité commune » (PESC) ainsi que d’une « politique de défense commune ». Depuis lors, une industrie de l’armement européenne a été construite (dont l’EADS devenu Airbus Group occupe le centre). Depuis lors, il existe des unités militaires auxquelles participent plusieurs pays de l’UE et que sont construites à des fins d’opérations extérieures. En 1999, des pays centraux de l’UE, parmi eux l’Allemagne et la France, ont participé à la guerre d’agression contre la République fédérative de Yougoslavie. Désormais, la politique économique de l’UE est elle aussi conduite de façon agressive et dans un sens poussant à la guerre. Cela est devenu visible au cours de la crise ukrainienne en 2014/15. L’UE avait exigé du gouvernement de Kiev de se positionner ou dans un sens, ou dans un autre : ou en faveur d’une association avec l’UE, ou alors en faveur du maintien des contrats économiques et des relations traditionnelles avec la Russie. Suite à la chute du gouvernement corrompu, mais correctement élu de Victor Ianoukoytch, suite à la mise en place d’un nouveau gouvernement lui aussi corrompu sous Petro Porochenko et suite à la décision de ce nouveau gouvernement de ne plus accepter – de fait – le Russe comme deuxième langue officielle, l’escalade s’est produit : l’Est de l’Ukraine a fait scission. La Crimée a été absorbée par la Russie (suite à un référendum dans ce sens). On en est arrivés à une guerre entre l’Ukraine de l’Ouest et l’Est du pays. Bilan : l’UE mène une politique de l’armement et de qui pousse à la guerre.

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